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Les 5 épreuves qui peuvent arrêter ta mission

  • il y a 11 heures
  • 14 min de lecture

L’appel ne se mesure pas à l’enthousiasme avec lequel on commence, mais à la fidélité avec laquelle on continue à suivre le Christ dans l'Église


Il existe une page de l’Évangile que chaque missionnaire devrait relire dans les moments de fatigue, de confusion ou de déception.

Jésus vient de prononcer le grand discours sur le Pain de Vie. Ses paroles sont profondes et exigeantes. Certains de ceux qui l’écoutent commencent à murmurer ; d’autres déclarent que ce langage est trop difficile ; beaucoup, finalement, décident de ne plus le suivre.

Saint Jean le rapporte avec une grande sobriété :

« À partir de ce moment, beaucoup de ses disciples s’en retournèrent et cessèrent de l’accompagner » (Jn 6,66).

C’est une scène surprenante. Si nous l’observions selon les critères de la réussite humaine, nous pourrions dire que Jésus traverse une crise. Il avait attiré les foules, guéri les malades, multiplié les pains et suscité de grandes espérances. Pourtant, précisément au moment où il révèle le mystère le plus profond de sa présence, beaucoup s’éloignent.

Jésus ne court pas après eux. Il ne modifie pas la vérité pour retrouver leur adhésion. Il ne rend pas l’Évangile moins exigeant pour retenir ceux qui ont déjà décidé de partir. Il se tourne plutôt vers les Douze et leur pose une question qui traverse les siècles :

« Voulez-vous partir, vous aussi ? » (Jn 6,67).

Cette question rejoint aujourd’hui chacun de nous.

Il arrive en effet un moment où l’enthousiasme des débuts ne suffit plus. Les émotions vécues dans la prière ne suffisent plus, pas plus que la joie d’appartenir à une communauté, les premiers fruits de l’évangélisation ou la consolation de se sentir utile.

Il arrive un moment où l’appel doit traverser le feu de la liberté.

C’est alors que nous découvrons si nous suivons réellement le Christ, ou seulement une personne, un groupe, une expérience ou un projet. C’est alors que nous comprenons si la mission est devenue une part de notre identité spirituelle, ou si elle est restée une activité parmi d’autres.

Le pape François a écrit que « chaque saint est une mission » : la mission n’est donc pas seulement quelque chose que nous faisons, mais ce que nous devenons lorsque nous permettons au Père d’incarner en nous un aspect de l’Évangile.

Précisément parce que la mission engage toute la personne, elle traverse inévitablement des épreuves. Elles ne viennent pas toutes de l’extérieur. Certaines naissent en nous, dans nos pensées, dans nos blessures, dans nos réactions et dans notre manière d’interpréter ce qui arrive.

Ce sont des épreuves qui peuvent purifier l’appel et le rendre plus solide. Mais si elles ne sont pas reconnues et traversées à la lumière de l’Esprit Saint, elles peuvent aussi ralentir ou arrêter la mission.


1. L’épreuve de voir partir quelqu’un


Toute communauté chrétienne connaît des départs et de nouveaux commencements. Certaines personnes parcourent avec nous une longue portion de route ; d’autres ne restent que pour une saison. Certaines mûrissent un appel différent ; d’autres traversent des crises, des incompréhensions ou des blessures qui les conduisent à s’éloigner.

Lorsqu’une personne avec laquelle nous avons partagé la prière, le service et la mission décide d’emprunter une autre voie, il est naturel d’éprouver de la tristesse. Des questions, des doutes et même un sentiment d’échec peuvent naître.

Mais c’est précisément à ce moment-là qu’il faut revenir à la question de Jésus : « Voulez-vous partir, vous aussi ? »

Le Seigneur ne nous invite pas à juger celui qui part. Il nous demande de vérifier le fondement de notre fidélité.

Sur qui avons-nous construit ?

Si nous avons fondé notre appel sur la présence d’une personne, nous risquerons de vaciller lorsque cette personne ne sera plus à nos côtés. Si nous avons construit sur la reconnaissance des autres, nous nous arrêterons lorsque nous ne serons plus applaudis. Si nous avons suivi seulement une émotion, nous pourrons tout abandonner lorsque cette émotion disparaîtra.

Mais si nous avons rencontré le Christ, alors même une séparation douloureuse peut devenir l’occasion de renouveler notre « oui ».

Les personnes ont une valeur immense. Elles nous accompagnent, nous soutiennent, nous corrigent et nous aident à grandir. Pourtant, personne ne peut prendre la place de Jésus. Lui seul peut être le fondement définitif de la vocation.

La liberté fait partie du chemin chrétien. Jésus appelle, mais il n’emprisonne pas. Il invite, mais il ne contraint pas. Il accompagne, mais il laisse toujours à la personne la responsabilité de sa réponse.

C’est pourquoi nous pouvons remercier sincèrement pour le bien reçu de celui ou celle qui a partagé une partie du chemin avec nous. Nous pouvons le confier au Seigneur, le bénir et garder la paix. La gratitude ne nous oblige pas à nier la souffrance, mais elle empêche la souffrance de devenir du ressentiment.

Le départ de quelqu’un n’annule pas le bien vécu. Et il ne peut effacer l’appel de ceux qui restent.

La question décisive n’est donc pas : « Pourquoi cette personne est-elle partie ? »

La question décisive est : « Moi, aujourd’hui, est-ce que je veux encore suivre Jésus ? »


2. L’épreuve de la déception et des blessures


La mission se vit avec des personnes réelles, non avec des figures idéales.

Nos communautés sont composées d’hommes et de femmes généreux, capables de prier, de servir et de se sacrifier. Mais ce sont aussi des personnes fragiles, marquées par leur histoire, leurs peurs et des blessures qui ne sont pas toujours complètement guéries.

Tôt ou tard, quelqu’un nous décevra.

Et, avec la même sincérité, nous devons reconnaître que nous aussi, nous décevrons quelqu’un.

Jésus a personnellement choisi Judas. Il l’a appelé, formé et envoyé avec les autres Apôtres. Il lui a confié des responsabilités et, pendant la dernière Cène, il s’est agenouillé devant lui pour lui laver les pieds.

Et pourtant, Judas a choisi de le trahir.

Pierre lui-même, celui sur qui Jésus allait bâtir son Église, l’a renié trois fois. Au moment de la peur, il a déclaré ne pas le connaître.

L’Évangile ne cache pas ces fragilités. Il ne raconte pas l’histoire d’une communauté parfaite, mais celle d’hommes limités, choisis, formés et continuellement relevés par la grâce.

Entre Pierre et Judas apparaît cependant une différence fondamentale.

Pierre, après sa chute, permet au regard de Jésus de le rejoindre. Il pleure, reconnaît sa faiblesse et accepte d’être de nouveau interrogé sur l’amour :

« Simon, fils de Jean, m’aimes-tu ? »(Jn 21,16).

Jésus ne nie pas la trahison de Pierre, mais il ne réduit pas Pierre à sa trahison. Il le guérit et lui confie de nouveau le troupeau.

C’est une leçon décisive pour chaque missionnaire : la sainteté ne consiste pas à ne jamais tomber, mais à permettre à la miséricorde de nous relever.

Le missionnaire mûr n’idéalise pas les personnes et ne les condamne pas lorsqu’elles révèlent leurs limites. Il apprend à distinguer l’erreur de la personne, la fragilité de la malveillance, une chute d’un choix définitif.

La déception peut devenir l’une des épreuves les plus dangereuses lorsqu’elle se transforme en amertume. L’amertume déforme le regard : elle ne nous permet plus de reconnaître le bien, elle nous fait interpréter chaque geste avec soupçon et nous convainc que personne n’est digne de confiance.

Mais la déception peut aussi nous rendre plus mûrs. Elle peut nous libérer de l’illusion qu’une communauté chrétienne serait un lieu sans fragilité. Elle peut nous apprendre à nous appuyer davantage sur la fidélité de Dieu et à aimer les personnes sans les transformer en idoles.

Nous ne sommes pas appelés à croire que tous sont parfaits. Nous sommes appelés à croire que la grâce de Dieu peut agir aussi à travers des personnes imparfaites.

Cette conscience ne justifie pas les comportements mauvais et n’empêche pas la correction. Elle nous permet cependant de corriger sans humilier, de discerner sans condamner et de chercher la vérité sans perdre la charité.


3. L’épreuve du bavardage et de la méfiance


Il existe une épreuve capable d’entrer silencieusement dans une communauté et de l’affaiblir de l’intérieur : le bavardage.

Il commence souvent de manière apparemment innocente :

« As-tu entendu ce qui s’est passé ? »

« On m’a dit que… »

« Je ne voudrais pas juger, mais… »

« Je te le dis seulement pour que tu puisses prier… »

Le langage peut sembler prudent, voire spirituel. Pourtant, derrière ces paroles peuvent se cacher la curiosité, le jugement, le ressentiment ou le désir d’orienter la pensée des autres.

Le bavardage ne se contente pas de transmettre une nouvelle. Il dépose une semence dans le cœur de celui qui écoute.

Cette semence peut devenir soupçon.

Le soupçon peut se transformer en méfiance.

La méfiance peut engendrer la distance.

Et la distance, finalement, peut produire la division.

Le pape François a adressé précisément au Renouveau charismatique l’invitation à être des bâtisseurs de communion et à veiller sur le bavardage. Il ne s’agit donc pas d’une question secondaire, mais d’une responsabilité spirituelle particulièrement importante pour ceux qui vivent un charisme de renouveau et d’évangélisation.

À une autre occasion, il a utilisé une image volontairement forte : celui qui détruit la réputation des autres par la médisance agit comme quelqu’un qui jette une bombe puis s’éloigne, laissant derrière lui blessures et destruction.

Garder sa langue fait donc partie du combat spirituel.

Tout ce que nous savons ne doit pas forcément être raconté.

Tout ce que nous entendons ne doit pas forcément être cru.

Tout ce que nous pensons ne doit pas forcément être prononcé.

Et toute confidence qui nous est présentée comme une « vérité » n’est pas nécessairement complète, vérifiée ou juste.

Le missionnaire mûr ne permet pas que quelqu’un introduise dans son cœur une méfiance fondée seulement sur des paroles. Avant de prendre position, il recherche les faits, écoute les personnes concernées et prie afin de recevoir un regard libre des sympathies et des antipathies.

Cela ne signifie pas cacher les problèmes.

La communion chrétienne n’est pas un silence artificiel dans lequel personne ne pourrait exprimer une difficulté. La vérité doit être recherchée et, lorsque cela est nécessaire, dite avec clarté. Mais la voie indiquée par Jésus n’est pas de parler du frère : elle est de parler avec le frère.

La correction fraternelle est très différente du commérage.

Le commérage expose la personne à ceux qui ne peuvent pas l’aider.

La correction cherche son bien.

Le commérage crée des camps.

La correction cherche la réconciliation.

Le commérage se nourrit de l’absence de l’autre.

La correction a le courage de la rencontre.

C’est pourquoi le missionnaire devrait apprendre à se poser trois questions avant de parler : ce que je vais dire est-il vrai ? Est-ce nécessaire ? Est-ce dit avec l’intention d’édifier ?

La communion est trop précieuse pour être sacrifiée à la curiosité.


4. L’épreuve de la cohérence, de la responsabilité et de l’obéissance


La quatrième épreuve arrive lorsque la mission cesse d’être seulement enthousiasme et devient responsabilité.

Il est relativement facile de dire « oui » pendant un moment de prière intense, après une guérison intérieure ou lorsque nous nous sentons soutenus par toute la communauté. Il est plus difficile de maintenir ce « oui » lorsqu’il faut être ponctuel, respecter ses engagements, se préparer sérieusement, accueillir une correction ou collaborer avec des personnes différentes de nous.

La fidélité ne se manifeste pas seulement dans les grands événements. Elle se révèle dans la vie ordinaire.

Jésus dit :

« Celui qui est digne de confiance dans la moindre chose est digne de confiance aussi dans une grande. »(Lc 16,10).

Un missionnaire cohérent ne vit pas seulement de paroles inspirées. Il tient les engagements pris, respecte les personnes, reconnaît ses limites et n’abandonne pas un service simplement parce qu’il ne ressent plus l’enthousiasme des débuts.

Mais la cohérence ne concerne pas seulement le rapport entre les paroles et les actes. Elle concerne aussi notre appartenance ecclésiale.

Nous ne pouvons pas nous déclarer fidèles au Christ tout en considérant comme secondaire la fidélité à son Église.

Jésus n’a pas fondé une somme de croyants isolés, chacun guidé exclusivement par ses propres interprétations. Il a constitué un peuple, choisi les Apôtres et confié à Pierre une responsabilité particulière dans la garde de la communion :

« Tu es Pierre, et sur cette pierre je bâtirai mon Église. »(Mt 16,18).

La fidélité missionnaire est donc fidélité au Christ, mais précisément pour cette raison elle est aussi amour de l’Église, communion avec ses pasteurs et respect des autorités légitimement constituées.

Nous savons qu’aujourd’hui parler d’autorité et d’obéissance est particulièrement délicat.

Nous vivons dans une culture qui tend à identifier la liberté à l’autonomie absolue. De plus, dans la vie ecclésiale elle-même, des erreurs, des incompréhensions et de douloureux abus d’autorité ont blessé la confiance de nombreuses personnes. Ignorer ces fragilités serait injuste et peu évangélique.

Mais la réponse aux abus ne peut pas être le rejet de toute autorité. Et la réponse aux fragilités de certains pasteurs ne peut pas être une foi individualiste, dans laquelle chacun affirme n’obéir qu’à Dieu alors qu’en réalité il suit seulement ses propres convictions.

Le pape François a décrit l’obéissance comme l’écoute de la volonté de Dieu sous l’action de l’Esprit Saint, en reconnaissant que cette écoute est authentifiée dans l’Église et passe aussi à travers des médiations humaines.

Cela ne signifie pas une obéissance aveugle.

L’obéissance chrétienne n’abolit pas la conscience, n’empêche pas le dialogue et ne justifie pas l’injustice. Elle n’impose pas de se taire devant un comportement réellement abusif ou contraire à l’Évangile.

C’est une obéissance adulte, libre et responsable.

Elle permet d’exprimer des difficultés, et même des désaccords, mais elle demande de le faire avec respect, par les voies appropriées et sans détruire la communion. Lorsqu’il existe des problèmes graves, il faut s’adresser aux autorités ecclésiales compétentes, en sauvegardant ensemble la vérité, la justice et la dignité des personnes.

Celui qui exerce l’autorité doit lui aussi se rappeler que, dans l’Église, guider signifie servir. Le pape François a rappelé que l’autorité ecclésiale prolonge la présence de Jésus uniquement lorsqu’elle est exercée dans l’Esprit et dans l’amour ; elle n’est pas un privilège personnel, mais un ministère pour le bien du peuple de Dieu.

Ainsi, l’obéissance et l’autorité doivent se purifier mutuellement.

Celui qui guide ne doit pas dominer, mais écouter, discerner et servir.

Celui qui est guidé ne doit pas renoncer à sa conscience, mais il ne doit pas non plus absolutiser ses propres intuitions.

Le missionnaire authentique ne dit pas : « Je ne réponds qu’à Dieu », en utilisant le nom de Dieu pour se soustraire à toute confrontation. Il demande plutôt :

« Seigneur, comment puis-je reconnaître et accomplir ta volonté dans la communion de ton Église ? »

Les charismes sont des dons de l’Esprit Saint, mais ils ne sont pas des propriétés privées. Ils sont accordés pour édifier le Corps du Christ.

Sans communion, le charisme peut devenir protagonisme.

Sans responsabilité, l’enthousiasme peut devenir instabilité.

Sans obéissance, la liberté peut se transformer en prétention de ne faire que ce qui correspond à nos désirs.

La véritable obéissance n’éteint pas le feu de l’Esprit. Elle le garde, le discerne et lui permet de devenir lumière pour toute l’Église.


5. L’épreuve de l’espérance : reconnaître ce que Dieu est en train d’accomplir


Il existe enfin une épreuve moins évidente, mais décisive : continuer à espérer lorsque nous sommes tentés de ne regarder que ce qui manque.

Lorsqu’une personne termine son chemin, notre attention peut rester prisonnière de l’absence. Nous commençons à nous demander ce qui s’est passé, qui s’est trompé et quelles conséquences pourront en découler.

Pendant ce temps, cependant, Dieu continue d’agir.

Il continue d’appeler.

Il continue de guérir.

Il continue de réconcilier.

Il continue d’ouvrir des chemins nouveaux.

L’espérance chrétienne ne consiste pas à faire semblant que les difficultés n’existent pas. Elle est la capacité de reconnaître que la fidélité de Dieu est plus grande que nos crises et que l’Esprit Saint n’interrompt pas son œuvre lorsque les personnes ou les circonstances changent.

C’est avec ce regard que, comme Emmaus COM, nous désirons aujourd’hui rendre grâce au Seigneur.

En France, cinq aspirants ont commencé leur parcours de formation pour devenir Partenaires en Mission. En Italie, seize aspirants ont entrepris le même chemin.

Ils sont au total vingt et une personnes, mais nous ne voulons pas les considérer seulement comme un nombre.

Ce sont vingt et une histoires.

Vingt et une libertés qui ont accepté de s’interroger sérieusement sur l’appel.

Vingt et un cœurs qui ont décidé de faire un premier pas.

Vingt et une réponses possibles à l’invitation du Seigneur :

« Qui enverrai-je ? Qui sera notre messager ? »(Is 6,8).

Chaque aspirant porte en lui une histoire unique : des dons, des fragilités, des espérances, des expériences spirituelles, des questions et des désirs. Personne ne connaît encore pleinement la forme que prendra son service. Mais tout chemin authentique commence ainsi : par un pas accompli dans la confiance.

À ces cinq aspirants en France et à ces seize aspirants en Italie, nous désirons exprimer notre profonde gratitude.

Merci d’avoir écouté la voix du Seigneur.

Merci d’avoir eu le courage de commencer.

Merci pour votre disponibilité à vous laisser accompagner, former et corriger.

Merci parce que votre premier « oui » rappelle à toute la communauté Emmaus COM que Dieu n’a pas cessé d’appeler des ouvriers pour sa moisson.

Le commencement, cependant, n’est pas encore le but.

C’est pourquoi nous ne vous souhaitons pas seulement un chemin enthousiaste. Nous vous souhaitons surtout un beau chemin de fidélité.

Nous vous souhaitons la fidélité des jours lumineux, lorsque prier, servir et évangéliser vous sembleront faciles.

Mais nous vous souhaitons aussi la fidélité des jours silencieux, lorsque vous ne ressentirez aucune consolation particulière et qu’il vous faudra vous souvenir de la raison pour laquelle vous avez commencé.

Nous vous souhaitons une fidélité capable d’accueillir la formation, la correction fraternelle et le temps nécessaire à la maturation.

Nous vous souhaitons de ne pas vous laisser emprisonner par les comparaisons, les rivalités ou le désir de paraître.

Nous vous souhaitons de garder la communion, d’aimer l’Église et de marcher avec confiance auprès de ses pasteurs et des autorités placées au service de la mission.

Nous vous souhaitons de ne pas permettre au bavardage de prendre racine dans votre cœur.

Surtout, nous vous souhaitons de tomber chaque jour davantage amoureux de Jésus.

Lui seul peut transformer l’enthousiasme des débuts en persévérance.

Lui seul peut transformer le talent en service.

Lui seul peut transformer la fragilité en témoignage.

Lui seul peut faire de notre vie une mission.


La mission continue parce que le Christ demeure.

Les cinq épreuves que nous avons contemplées ne doivent pas nous effrayer.

Le départ de quelqu’un peut nous apprendre à fonder davantage notre vie sur le Christ.

La déception peut nous libérer des idéalisations et nous rendre plus miséricordieux.

Le bavardage peut être vaincu en choisissant la vérité, la prudence et la charité.

La fatigue liée à la responsabilité et à l’obéissance peut former en nous un cœur adulte, humble et ecclésial.

L’espérance peut nous apprendre à reconnaître les germes nouveaux que Dieu continue de faire naître, même lorsque le terrain semble traverser une saison difficile.

La réussite d’une mission ne se mesure pas seulement au nombre de personnes présentes, aux activités réalisées ou à la visibilité obtenue.

La mesure évangélique est la fidélité.

Jésus ne nous demandera pas combien de fois nous avons été applaudis, mais combien nous avons aimé.

Il ne nous demandera pas si tout le monde nous a compris, mais si nous avons gardé la communion.

Il ne nous demandera pas si nous ne sommes jamais tombés, mais si nous avons permis à sa miséricorde de nous relever.

Il ne nous demandera pas si nous avons toujours réalisé nos projets, mais si nous sommes restés disponibles au projet du Père.

Le pape François rappelle que la fidélité au charisme doit être une fidélité créative : enracinée dans l’inspiration reçue, mais toujours ouverte aux chemins nouveaux suggérés par l’Esprit Saint. (vatican.va)

Aujourd’hui, nous rendons donc grâce pour chaque portion de chemin partagée, pour chaque semence de bien déposée et pour chaque personne que le Seigneur continue d’appeler.

Nous confions tout particulièrement au Christ les cinq aspirants de France et les seize aspirants d’Italie.

Que l’Esprit Saint les éclaire, les protège et rende leur discernement toujours plus limpide.

Qu’ils deviennent missionnaires non seulement par les activités qu’ils réaliseront, mais par ce qu’ils permettront à Jésus d’accomplir en eux.

Qu’ils gardent la joie sans devenir superficiels, la responsabilité sans devenir rigides, l’obéissance sans perdre la liberté intérieure et le zèle sans perdre la charité.

Et lorsque viendront les épreuves — car elles viendront — qu’ils puissent se souvenir de la réponse de Pierre :

« Seigneur, à qui irions-nous ? Tu as les paroles de la vie éternelle. »(Jn 6,68).

C’est là la source de la fidélité.

Nous ne demeurons pas parce que tout est facile.

Nous ne demeurons pas parce que les personnes sont parfaites.

Nous ne demeurons pas parce que nous comprenons immédiatement toute chose.

Nous demeurons parce que nous avons rencontré le Christ.

Nous demeurons parce que nous aimons l’Église qu’il a voulue et à laquelle il nous a confiés.

Nous demeurons parce que nous croyons que l’Esprit Saint continue d’agir aussi à travers la fragilité des médiations humaines.

Nous demeurons parce que sa Parole a rejoint notre cœur et donné un sens nouveau à notre vie.

Les hommes changent.

Les saisons passent.

Les communautés traversent des transformations.

Mais le Christ demeure.

Et tant qu’il y aura des hommes et des femmes prêts à répondre :

« Me voici, envoie-moi ! »(Is 6,8),

la mission continuera de vivre, d’engendrer l’espérance et de porter au monde la joie de l’Évangile.

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