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L'Alzheimer spirituelle : quand le chrétien oublie pourquoi il vit

  • il y a 1 jour
  • 6 min de lecture

Depuis plusieurs mois, j’accompagne ma mère dans une épreuve douloureuse : la démence efface lentement ses souvenirs, les visages et les fragments de sa vie. Certains jours, elle revit des deuils anciens comme s’ils venaient tout juste de se produire. C’est une blessure qui touche profondément ceux qui aiment.

Face à cette réalité, dans la prière, je me suis demandé : existe-t-il aussi une maladie d'Alzheimer spirituelle ? Elle ne touche pas le cerveau, mais elle est tout aussi profonde, car elle atteint l’âme.


1. Quand on perd la mémoire du cœur

La maladie d'Alzheimer spirituelle n’arrive pas forcément soudainement. Elle s’installe peu à peu. Le chrétien ne cesse pas formellement de croire, mais il oublie qui il est, ce qu’il a reçu et pourquoi il vit. La Parole de Dieu nous met en garde :

« Garde-toi bien d’oublier le Seigneur ton Dieu » (Dt 8,11).

Le chrétien oublie parfois qu’il a été sauvé et appelé. Il oublie les grâces reçues, les miracles vécus, les prières exaucées, la fraternité libre et la joie des débuts. Il oublie que Dieu l’a relevé, pardonné et conduit jusqu’à aujourd’hui. C’est pourquoi le psalmiste parle à sa propre âme :

« Mon âme, bénis le Seigneur, n’oublie aucun de ses bienfaits » (Ps 103,2).

La mémoire spirituelle ne consiste pas seulement à se souvenir du passé. Elle consiste à garder dans son cœur la fidélité de Dieu pour continuer à marcher aujourd’hui. Le Seigneur disait à son peuple :

« Souviens-toi de tout le chemin que le Seigneur ton Dieu t’a fait parcourir » (Dt 8,2).

Un chrétien peut continuer à prier et à participer aux rencontres, mais quelque chose peut s’éteindre en lui. Il fréquente, écoute et reçoit, mais il perd la mémoire du cœur : il oublie son premier amour. Jésus dit à l’Église d’Éphèse :

« J’ai contre toi que tu as abandonné ton premier amour. Souviens-toi donc d’où tu es tombé ; convertis-toi et accomplis les œuvres d’autrefois » (Ap 2,4-5).

Le Seigneur ne dit pas seulement : « Souviens-toi ». Il ajoute : « Accomplis les œuvres d’autrefois ». La véritable mémoire spirituelle conduit toujours à un choix concret.


2. Les conséquences et les résistances

Lorsque la mémoire de l’appel s’affaiblit, des résistances subtiles apparaissent :

  • « Je crois déjà. »

  • « J’ai déjà beaucoup fait. »

  • « Je n’ai rien à prouver. »

  • « Je n’ai pas le temps. »

  • « Je n’en suis pas capable. »

Ces paroles sont compréhensibles, mais elles peuvent cacher une vérité : la foi ne vit que lorsqu’elle est accueillie, pratiquée et donnée. Saint Jacques affirme :

« Mettez la Parole en pratique, ne vous contentez pas de l’écouter » (Jc 1,22).

Quand on oublie la mission, on cesse d’évangéliser.

Quand on oublie l’appel, on cesse de servir.

Quand on oublie les dons reçus, on cesse de les mettre à disposition.

Quand on oublie l’amour reçu, on cesse de le donner.

Jésus a établi un principe très clair :

« Vous avez reçu gratuitement : donnez gratuitement » (Mt 10,8).

La foi ne nous a pas été donnée pour être conservée jalousement. L’Esprit Saint ne nous est pas donné seulement pour nous consoler, mais aussi pour faire de nous des témoins.

« Vous recevrez une force, celle du Saint-Esprit qui viendra sur vous ; alors vous serez mes témoins » (Ac 1,8).

Quand on reçoit beaucoup et qu’on donne peu, la vie chrétienne devient passive. On cherche toujours de nouveaux enseignements, de nouvelles prières, de nouvelles consolations, de nouveaux rassemblements, mais on oublie que chaque grâce implique aussi une responsabilité. Saint Pierre écrit :

« Que chacun mette au service des autres le don qu’il a reçu » (1 P 4,10).

Le don qui n’est pas mis au service risque de devenir stérile.

Pourtant Jésus n’a pas dit à ses disciples de rester immobiles. Il a dit :

« Allez ! De toutes les nations faites des disciples » (Mt 28,19).

3. L’Esprit Saint ne stagne pas : il se donne

L’Esprit Saint est comme un fleuve : lorsqu’il coule, il apporte la vie.

Jésus proclame :

« De son cœur couleront des fleuves d’eau vive » (Jn 7,38).

L’eau vive n’entre pas seulement dans le croyant : elle jaillit de lui pour rejoindre les autres. L’Esprit Saint nous console afin que nous puissions consoler. Il nous guérit afin que nous puissions accompagner ceux qui souffrent. Il nous éclaire afin que nous puissions apporter la lumière. Il nous fait expérimenter la miséricorde afin que nous devenions missionnaires de la Miséricorde. Saint Paul écrit :

« Dieu nous console dans toutes nos détresses, afin que nous puissions consoler ceux qui sont dans l’épreuve » (2 Co 1,4).

4. Les Masterclass : réveiller la mémoire de l’appel

Nous n’avons pas seulement besoin de nouvelles paroles. Nous avons besoin de nous remettre en route. Les Masterclass des Disciples Missionnaires ont précisément cet objectif : réveiller la mémoire du cœur. Elles nous aident à nous souvenir :

  • qui nous sommes ;

  • qui nous a appelés ;

  • quels dons nous avons reçus ;

  • pour qui nous avons été envoyés ;

  • comment servir concrètement.

Ce ne sont pas simplement des conférences. Ce sont des lieux de formation, de discernement et de mise en action missionnaire.

Jésus lui-même a consacré du temps à former ses disciples :

« Il en institua douze pour qu’ils soient avec lui et pour les envoyer proclamer la Bonne Nouvelle » (Mc 3,14).

Être avec Jésus sans partir conduit à une spiritualité fermée.

Partir sans être avec Jésus conduit à l’activisme.

La vraie formation unit toujours fraternité et mission.


5. Une mission chaque semaine

La formation est nécessaire, mais elle ne suffit pas.

On ne devient pas missionnaire simplement en écoutant des enseignements sur la mission. On devient missionnaire en se mettant en mission.

Jésus envoya ses disciples alors qu’ils étaient encore en chemin :

« Le Seigneur en désigna soixante-douze autres et les envoya deux par deux » (Lc 10,1).

Une mission hebdomadaire n’a pas besoin d’être extraordinaire. Elle peut être :

  • une visite à un malade ;

  • un appel à une personne seule ;

  • une écoute attentive ;

  • un service simple ;

  • une prière partagée ;

  • une parole d’encouragement ;

  • un geste de réconciliation ;

  • une aide concrète à une famille ;

  • une annonce de l’Évangile ;

  • une invitation à un groupe de prière.

Jésus nous rappelle :

« Chaque fois que vous l’avez fait à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous l’avez fait » (Mt 25,40).

En Italie, Gerlanda, secrétaire d’Emmaus COM Italie en Sicile, et en Vendée Sophie, ont lancé un service de proximité destiné aux personnes âgées, seules ou fragilisées. Pour elles, il s’agit d’un travail, mais aussi d’une véritable mission. Elles témoignent qu’il est possible de transformer une activité professionnelle en œuvre de miséricorde et d’évangélisation.


6. Emmaus COM : recevoir pour donner

Emmaus COM n’est pas née simplement pour organiser des événements. Elle est née pour former des disciples missionnaires : des hommes et des femmes qui choisissent de donner en mission ce qu’ils ont reçu.

Une communauté reste vivante lorsque chacun comprend qu’il a une responsabilité. Saint Paul compare l’Église à un corps :

« Vous êtes le Corps du Christ, et chacun pour votre part, vous êtes membres de ce corps » (1 Co 12,27).

Chaque frère a un don.

Chaque sœur a un appel.

Chaque personne a une part de la mission.


7. Te souviens-tu encore pourquoi Jésus t’a appelé ?

Aujourd’hui le Seigneur nous pose la même question qu’aux disciples d’Emmaüs :

« De quoi discutez-vous en marchant ? » (Lc 24,17).

Et plus profondément encore :

Te souviens-tu pourquoi Jésus t’a appelé ?

Te souviens-tu du jour où tu as rencontré son amour ?

Te souviens-tu de la joie de ta conversion ?

Te souviens-tu des grâces reçues ?

Te souviens-tu du désir de le servir ?

Si la réponse est incertaine, ne te décourage pas.

« Redressez les mains inertes et les genoux qui fléchissent » (He 12,12).

Remets-toi en route. Inscris-toi aux Masterclass. Accepte de te laisser former.

Vis une mission concrète chaque semaine.

Laisse l’Esprit Saint raviver le don de Dieu qui est en toi. Comme l’écrit saint Paul :

« Malheur à moi si je n’annonce pas l’Évangile ! » (1 Co 9,16).

Le monde n’a pas besoin seulement de chrétiens qui se souviennent avec nostalgie du passé. Il a besoin d’hommes et de femmes qui gardent vivante la mémoire des œuvres de Dieu et qui vivent aujourd’hui la mission qu’ils ont reçue.

« Nous raconterons à la génération future les louanges du Seigneur, sa puissance et les merveilles qu’il a accomplies » (Ps 78,4).

Ne laissons pas la maladie d'Alzheimer spirituelle nous faire oublier notre identité.

Nous sommes aimés. Nous sommes appelés. Nous sommes envoyés.

Nous avons reçu l’Esprit Saint pour devenir les témoins de Jésus.

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