Peut-on s’arrêter dans la mission pour vivre davantage la mission ?
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Ces jours-ci, cette question m’habite profondément :
Peut-on s’arrêter dans la mission pour vivre davantage la mission ?
Pendant de nombreuses années, j’ai servi le Seigneur à travers la prédication, la formation, les voyages, les rencontres de prière et l’accompagnement des personnes. La mission est devenue le souffle de ma vie sacerdotale.
Et pourtant, aujourd’hui précisément, le Seigneur me demande de ralentir.
La santé de ma maman est devenue plus fragile et exige une présence plus constante. C’est pourquoi j’ai choisi d’annuler une masterclass à laquelle je tenais beaucoup.
Cette décision n’a pas été facile.
Au début, j’ai presque eu l’impression d’interrompre la mission. Puis j’ai compris que le Seigneur ne me demandait peut-être pas de l’abandonner, mais de la vivre autrement : d’une manière plus cachée, plus pauvre et peut-être plus vraie.
1. Quand la fragilité bouleverse nos programmes
Nous programmons, nous organisons et nous préparons beaucoup de choses, y compris pour Dieu.
Puis surviennent une maladie, une aggravation, une personne aimée qui a besoin de nous. En un instant, ce qui nous semblait urgent doit être reconsidéré.
La fragilité de ma maman m’oblige à vivre au jour le jour. Je ne peux plus tout contrôler ni tout prévoir.
J’apprends que la mission n’est pas seulement ce que je prépare pour Dieu, mais aussi ce que Dieu prépare pour moi.
Je pensais que la mission se trouvait ailleurs : dans une rencontre, dans un voyage, devant de nombreuses personnes. Aujourd’hui, je comprends que la mission la plus urgente peut avoir le visage de ma maman, de ses peurs, de ses questions répétées, de sa mémoire qui s’affaiblit et de son besoin d’être rassurée.
Je ne peux pas toujours choisir le lieu de la mission.
Mais je peux choisir comment aimer dans le lieu où Dieu m’a placé.
2. S’arrêter ne signifie pas abandonner
Pour celui qui a l’habitude d’agir, d’organiser et d’accompagner de nombreuses personnes, s’arrêter peut sembler être un échec.
Moi aussi, j’ai dû accepter une limite.
Mais une vérité est en train de me libérer : le missionnaire n’est pas le Sauveur. Jésus est le Sauveur.
La mission ne dépend pas entièrement de moi. L’œuvre de Dieu continue même lorsque je suis obligé de ralentir. Le Seigneur peut rejoindre les personnes par d’autres chemins, à travers d’autres frères et d’autres sœurs.
S’arrêter ne signifie donc pas abandonner la mission.
Cela signifie se rappeler que la mission appartient à Dieu et non pas à nous.
3. La personne passe avant le projet
Tout projet missionnaire naît pour servir les personnes. Pourtant, nous pouvons courir le risque de défendre le projet au point de ne plus voir la personne concrète qui se tient à nos côtés.
Dans l’Évangile, Jésus se laisse continuellement interrompre.
Un aveugle crie, une femme malade le touche, un père le supplie, une foule affamée le rejoint. Jésus ne considère pas ces personnes comme des obstacles.
Les interruptions font partie de sa mission et deviennent même le lieu où jaillissent des miracles !
Moi aussi, j’apprends que prendre soin de ma maman n’est pas quelque chose d’étranger à mon sacerdoce. Lorsque je lui prépare un médicament, que je répète patiemment une réponse ou que j’essaie de la rassurer, je ne cesse pas d’évangéliser.
J’annonce par mes gestes que toute personne demeure précieuse, même lorsqu’elle devient fragile.
4. Prendre soin comme école de sainteté
Nous imaginons souvent la sainteté à travers des gestes extraordinaires. Pourtant, il existe aussi une sainteté cachée, faite de petites fidélités quotidiennes.
C’est la sainteté de celui qui sert sans être vu.
De celui qui continue d’aimer même lorsqu’il est fatigué.
De celui qui répète avec patience ce qu’il a déjà expliqué de nombreuses fois.
De celui qui renonce à un programme pour prendre soin d’une personne.
Prendre soin de ma maman me place devant mes limites.
Je ne parviens pas toujours à être aussi patient que je le voudrais. La fatigue pèse et l’impuissance fait souffrir. Mais je comprends que la sainteté ne consiste pas à ne jamais éprouver de fatigue. Elle consiste à remettre sa fatigue à Dieu et à recommencer à aimer.
Dans sa fragilité, ma maman devient pour moi une école spirituelle et missionnaire.
Elle m’apprend à ralentir, à ne pas tout contrôler et à distinguer ce qui est réellement urgent de ce qui peut attendre. Je pense peut-être que c’est moi qui prends soin d’elle. En réalité, à travers elle, le Seigneur est aussi en train de me purifier.
5. La mission la plus difficile consiste à rester
Partir en mission peut être enthousiasmant.
Rester auprès de la souffrance est plus difficile.
Face à la maladie, nous ne pouvons pas toujours résoudre, guérir ou changer les choses. Nous pouvons seulement être présents.
Je pense à Marie au pied de la croix, avec Jean et Marie-Madeleine.
Elle ne pouvait pas arrêter la Passion ni retirer les clous des mains de Jésus. Mais elle est restée.
Sa présence n’a pas supprimé la douleur, mais elle a dit à son Fils qu’il n’était pas seul.
Je comprends que ma mission, aujourd’hui, peut aussi consister à rester auprès de ma maman, même lorsqu’elle est confuse, lorsqu’elle a peur ou lorsqu’elle ne comprend pas ce que j’essaie de lui expliquer.
La mission ne consiste pas toujours à partir. Parfois, la mission consiste à ne pas fuir.
6. « J’étais malade et vous m’avez visité »
Jésus n’a pas dit : « J’étais malade et vous m’avez guéri. » Il a dit :
« J’étais malade et vous m’avez visité »(Mt 25,36).
Cette parole me console. Je ne peux pas toujours guérir ou tout résoudre avec une mentalité mondaine qui exige des résultats et veut combattre les démons à chaque instant. Mais je peux visiter, écouter, accompagner et rester. Je le constate également à l’hôpital.
La chambre d’une personne malade peut devenir une chapelle.
Un médicament préparé avec amour peut devenir une liturgie cachée.
Une nuit difficile peut se transformer en prière.
Comme prêtre, je prononce chaque jour sur l’autel les paroles de Jésus :
« Ceci est mon corps, livré pour vous. »
Mais ces paroles doivent aussi devenir un style de vie. Offrir son propre corps signifie également offrir son temps, ses forces, ses programmes et sa liberté par amour pour ceux qui nous sont confiés.
7. Accepter de ne pas être indispensable
La fragilité de ma maman m’apprend aussi à ne pas me considérer comme indispensable. Pour un missionnaire, cela est nécessaire.
Lorsque de nombreuses personnes nous sollicitent et que nous portons beaucoup de responsabilités, nous pouvons penser que tout dépend de nous.
Mais l’Église ne nous appartient pas.
La mission ne nous appartient pas.
Les personnes ne nous appartiennent pas.
Elles appartiennent au Christ !
Je peux semer, accompagner et servir, mais c’est Dieu qui donne la croissance.
Accepter de ne pas être indispensable ne signifie pas devenir irresponsable. Cela signifie servir avec liberté et faire davantage confiance à la grâce.
8. Emmaus COM est une responsabilité partagée
Cette situation m’aide également à regarder avec davantage de vérité la réalité d’Emmaus COM.
Comme je l’ai toujours affirmé, Emmaus COM n’est pas le ministère du père Baldo Alagna. Elle ne peut pas dépendre uniquement de ma présence, de mes forces ou de ma capacité d’organisation.
C’est un réseau fraternel et missionnaire qui compte sur ses partenaires en mission, ses disciples, ses aspirants et sur les dons que l’Esprit Saint a déposés en chacun.
Laurent Grosjean, vice-président d’Emmaus COM, traverse lui aussi un problème de santé qui, bien qu’il ne soit pas grave, lui demandera probablement de s’arrêter pendant quelque temps.
C’est donc une période délicate, mais qui nous ouvre aussi à davantage de responsabilité partagée.
Or, c’est précisément dans ces moments que la main de Dieu peut se manifester plus clairement.
Lorsque certaines personnes de référence sont contraintes de ralentir, les autres sont appelées à se lever.
Lorsque nous ne pouvons pas tout suivre personnellement, nous devons apprendre à déléguer, à confier des responsabilités et à croire aux charismes de nos frères et de nos sœurs.
Déléguer ne signifie pas se désintéresser.
Cela signifie reconnaître que les partenaires en mission ne sont pas simplement des personnes qui viennent aider le père Baldo, mais qu’ils sont des acteurs responsables de l’œuvre que Dieu nous a confiée ensemble.
La mission devient adulte lorsqu’elle ne dépend plus d’une seule personne, mais d’un corps dans lequel chacun offre son propre don.
Peut-être le Seigneur se sert-il de cette situation pour rendre Emmaus COM plus mûre, plus coresponsable et plus dépendante de l’Esprit Saint.
La mission ne s’arrête pas parce que le père Baldo et Laurent doivent ralentir.
Peut-être qu’à travers cette période, Dieu demande à toute la fraternité de se mettre en marche d’une manière encore plus profonde.
9. L’amour ne peut pas être reporté
Une masterclass peut être reportée. Un voyage peut être reprogrammé. Une rencontre peut être organisée à un autre moment.
L’amour, lui, ne peut pas être reporté !
Je ne sais pas combien de temps je pourrai encore vivre auprès de ma maman, ni ce que l’avenir nous réserve. Mais je sais que ce temps m’est confié comme un don, même s’il est traversé par la douleur.
Je pourrais peut-être regretter pendant un instant un événement annulé. Mais je regretterais bien davantage de ne pas être resté auprès d’elle lorsqu’elle avait besoin de moi.
La mission commence toujours par l’amour concret envers la personne que Dieu place aujourd’hui devant nous.
10. Ce que je suis en train d’apprendre
Cette expérience transforme ma manière de comprendre la mission et la sainteté.
J’apprends que le missionnaire doit savoir partir, mais aussi s’arrêter.
Il doit savoir parler, mais aussi se taire.
Il doit savoir guider, mais aussi accepter d’être aidé.
Il doit savoir se tenir devant les foules, mais aussi devant une seule personne.
Je comprends également que la sainteté ne signifie pas avoir toujours de la force, de la sérénité et des réponses.
Elle signifie permettre à Dieu de transformer la fatigue en offrande, l’impatience en conversion et la peur en abandon confiant.
Je ne peux pas sauver les personnes que j’aime.
Je peux les aimer, les accompagner et les confier au Seigneur.
11. S’arrêter pour entrer au cœur de la mission
Aujourd’hui, je ne peux pas dire que j’ai tout compris. Voir une personne aimée s’affaiblir est une blessure qui ne peut pas être expliquée par de simples formules spirituelles.
Mais au cœur de cette épreuve, je reçois une lumière.
Aujourd’hui, ma mission, c’est aussi ma maman.
C’est la servir, la respecter, la rassurer et l’accompagner.
C’est également apprendre à faire confiance aux partenaires en mission, en leur permettant de grandir dans la responsabilité et la coresponsabilité.
La réponse à la question initiale est donc oui.
On peut s’arrêter dans la mission pour vivre davantage la mission.
On peut s’arrêter pour retrouver l’essentiel.
On peut s’arrêter pour apprendre à aimer.
On peut s’arrêter pour permettre aux autres de prendre leur place.
On peut s’arrêter pour comprendre que la sainteté ne consiste pas à faire toujours davantage, mais à appartenir toujours davantage au Christ.
C’est une période délicate qui me fait découvrir la présence fraternelle. Et c’est précisément dans les moments délicats que l’on voit la main de Dieu.




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