SEULS LES CHARISMES LIBRES PORTENT DU FRUIT
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Comment sortir de la victimisation, de la toute-puissance et de la manipulation pour vivre les dons de l’Esprit

Recevoir un charisme est un don. Apprendre à le vivre dans la liberté est un chemin.
Nous pouvons avoir fait une véritable expérience de l’Esprit Saint, prier avec foi, prophétiser, évangéliser, intercéder, accompagner des personnes et, en même temps, porter en nous des blessures, un besoin de reconnaissance, la peur de l’abandon, un désir de contrôle ou le besoin de nous sentir indispensables.
Cela ne signifie pas nécessairement que le charisme est faux. Cela signifie que le don de Dieu passe par une personne qui a encore besoin de grandir.
Saint Paul l’exprime par une très belle image :
« Ce trésor, nous le portons comme dans des vases d’argile. »(2Corinthiens 4,7)
Le trésor est réel. Mais l’argile l’est aussi.
La question n’est donc pas seulement :
« Quel charisme ai-je reçu ? »
Mais aussi :
« Jusqu’à quel point suis-je libre lorsque je l’exerce ? »
Trois dynamiques peuvent en effet emprisonner même une personne spirituelle : la victimisation, la manipulation et la toute-puissance.
Le chemin de sortie est celui que nous pouvons appeler la responsabilité libre :
J’assume ce qui dépend de moi, je respecte ce qui appartient à l’autre et je confie à Dieu ce que je ne peux pas contrôler.
1. RECONNAIS OÙ TU TE TROUVES
Le premier pas n’est pas de changer les autres. Il consiste à reconnaître à partir de quelle position je vis une relation.
Victimisation
« Je ne peux rien faire : cela dépend des autres. »
J’attends que les autres changent, me comprennent, me reconnaissent ou réparent ce qu’ils m’ont fait avant de m’autoriser à avancer.
Manipulation
« Je dois obtenir de l’autre ce dont j’ai besoin. »
Je peux utiliser la pression émotionnelle, la culpabilisation, le silence, la menace de m’éloigner et même des arguments spirituels pour influencer la liberté de l’autre.
Toute-puissance
« Je dois tout résoudre, tout contrôler ou sauver tout le monde. »
Je me sens responsable des choix, des réactions et même du chemin spirituel des autres.
Ces trois positions semblent différentes, mais elles ont une racine commune : elles confondent ce qui m’appartient, ce qui appartient à l’autre et ce qui appartient à Dieu.
2. LE CHARISME N’EFFACE PAS LES BLESSURES
Une expérience forte de l’Esprit Saint n’efface pas automatiquement notre histoire.
Je peux prophétiser et avoir encore besoin d’approbation.
Je peux prier pour la guérison et ne pas encore savoir gérer un refus.
Je peux évangéliser avec courage et avoir peur d’être abandonné.
Je peux conduire une communauté et ressentir le besoin de tout contrôler.
Je peux servir avec une grande générosité et, inconsciemment, avoir besoin que les autres aient besoin de moi.
La maturité spirituelle commence lorsque je cesse d’utiliser le charisme pour couvrir ce qui, en moi, a encore besoin d’être guéri.
Question d’introspection
Que se passe-t-il en moi lorsque mon charisme n’est pas reconnu, sollicité ou valorisé ?
La réponse peut révéler beaucoup plus que le charisme lui-même.
3. REVIENS AUX FAITS
L’une des premières protections contre la victimisation et la manipulation consiste à distinguer le fait de l’interprétation.
Fait :
« Le responsable n’a pas retenu ma proposition. »
Interprétation :
« Il ne croit pas en mon charisme. »
Fait :
« Cette personne ne m’a pas répondu. »
Interprétation :
« Elle me rejette. »
Fait :
« Ma parole prophétique n’a pas été confirmée. »
Interprétation :
« Ils étouffent l’Esprit. »
L’interprétation peut être juste. Mais elle peut aussi ne pas l’être.
C’est pourquoi saint Paul demande que même la prophétie soit discernée :
« Que deux ou trois prophètes prennent la parole, et que les autres exercent le discernement. »(1Corinthiens 14,29)
Un charisme mûr ne craint pas le discernement.
4. DONNE UN NOM À CE QUE TU RESSENS
Avant de spiritualiser ce qui se passe, essaie de te demander :
« Qu’est-ce que je ressens vraiment ? »
Colère ?
Peur ?
Jalousie ?
Honte ?
Sentiment d’exclusion ?
Peur de perdre ma place ?
Besoin d’être reconnu ?
Crainte que quelqu’un n’ait plus besoin de moi ?
L’émotion est réelle et mérite d’être écoutée.
Mais il existe une distinction fondamentale :
Ce que je ressens est vrai comme expérience, mais cela ne prouve pas automatiquement que mon interprétation des faits est vraie.
Tout malaise n’est pas une attaque spirituelle.
Toute correction n’est pas une persécution.
Toute limite n’est pas un rejet.
Parfois, l’Esprit Saint se sert précisément d’une frustration pour nous montrer là où nous ne sommes pas encore libres.
5. RÉPARTIS LES RESPONSABILITÉS
C’est l’un des exercices les plus importants pour un missionnaire.
Face à une situation difficile, répartis mentalement les éléments en trois espaces.
DÉPEND DE MOI
Mes paroles. Mes décisions. Mes limites. Mon comportement. Demander pardon. Dire oui ou non. La manière dont j’exerce mon charisme.
DÉPEND DE L’AUTRE
Ses choix. Ses émotions. Sa réponse. Sa disponibilité à changer. La manière dont il interprète ce que je dis.
NE DÉPEND PAS DE MOI
Le passé. Toutes les conséquences. Ce que les autres penseront. Le résultat final .La guérison d’une personne. La conversion de quelqu’un. Tout ce que je ne peux pas contrôler.
La liberté commence lorsque j’arrête de porter ce qui ne m’appartient pas.
6. SORS DE LA VICTIMISATION : REPRENDS TA PART DE LIBERTÉ
Avoir réellement été blessé ne signifie pas être dans la victimisation.
La victimisation commence lorsque la blessure devient le lieu à partir duquel j’interprète tout :
« Personne ne me comprend. »
« On ne reconnaît pas mon charisme. »
« Après tout ce que j’ai fait… »
« Je ne pourrai aller mieux que lorsque cette personne changera. »
La question qui brise ce mécanisme n’est pas :
« Pourquoi me font-ils cela ? »
mais :
« Qu’est-ce que je peux choisir aujourd’hui, même si l’autre ne change pas ? »
Je ne peux pas obliger quelqu’un à me reconnaître.
Je peux cesser de vivre pour obtenir sa reconnaissance.
Je ne peux pas obliger quelqu’un à me demander pardon.
Je peux commencer mon chemin de guérison.
Je ne peux pas changer le passé.
Je peux empêcher le passé de décider de tout mon avenir.
7. SORS DE LA MANIPULATION : DEMANDE SANS POSSÉDER
La manipulation n’est pas toujours agressive.
Elle peut parfois prendre un langage affectueux, spirituel et même prophétique.
« Si tu m’aimais vraiment… »
« Après tout ce que j’ai fait pour toi… »
« Le Seigneur m’a fait comprendre que tu dois… »
« Si tu quittes cette communauté, je ne sais pas si tu es encore dans la volonté de Dieu. »
Le problème n’est pas d’avoir un besoin.
Le problème est de chercher à retirer à l’autre sa liberté pour satisfaire ce besoin.
Une demande libre dit :
« C’est important pour moi. Es-tu disponible ? »
Et elle accepte ensuite que l’autre puisse répondre oui ou non.
Il en va de même pour la prophétie.
Non pas :
« Dieu m’a dit que tu dois faire cela. »
Mais :
« Je crois avoir reçu cette parole. Je te la confie : prie avec elle et discerne-la devant le Seigneur. »
« Examinez tout, retenez ce qui est bon. »(1 Thessaloniciens 5,21)
Le véritable charisme sert la liberté ; il ne la confisque pas.
8. SORS DE LA TOUTE-PUISSANCE : TU N’AS PAS À SAUVER TOUT LE MONDE
La toute-puissance missionnaire peut être très séduisante parce qu’elle ressemble à la générosité.
« Je dois l’aider. »
« Je dois la convaincre. »
« Je dois l’empêcher de partir. »
« Sans moi, il n’y arrivera pas. »
« Si cette personne tombe, c’est ma faute. »
Mais il existe une vérité libératrice :
Tu n’es pas le Sauveur. Tu es disciple du Sauveur:
Tu peux aider sans te substituer.
Tu peux conseiller sans décider.
Tu peux accompagner sans contrôler.
Tu peux prier sans te sentir responsable du résultat.
Tu peux aimer sans sauver.
Tu peux laisser partir sans abandonner.
Face au jeune homme riche, Jésus lui-même propose, aime, puis respecte sa liberté de partir (voit Marc 10,21-22).
Aimer ne signifie pas contrôler le résultat.
9. ATTENTION AU TRIANGLE : VICTIME, SAUVEUR, PERSECUTER
Ces rôles peuvent rapidement se transformer les uns dans les autres. Un missionnaire pense :
« Cette personne a besoin de moi. »
Il devient sauveur. Il investit du temps, de l’énergie, de la disponibilité. Mais la personne ne change pas ou prend un autre chemin.
Alors surgit :
« Après tout ce que j’ai fait pour toi ! »
Le sauveur devient victime. Et peu après :
« Tu es ingrat. Tu ne veux pas changer. »
La victime devient persécuteur. La question décisive est :
« Est-ce que je sers gratuitement ou est-ce que j’attends, peut-être inconsciemment, de la reconnaissance, de la fidélité, de l’obéissance ou de la dépendance ? »
La charité authentique ne présente pas la facture après coup.
10. APPRENDS TROIS MOTS DE LIBERTÉ : OUI, NON, JE NE SAIS PAS
La maturité charismatique passe aussi par trois mots très simples.
OUI
Je choisis librement ce que Dieu me confie.
NON
Je reconnais qu’il existe des responsabilités qui ne m’appartiennent pas.
Dire non ne signifie pas nécessairement aimer moins.
JE NE SAIS PAS
C’est peut-être l’une des phrases les plus spirituelles qu’un charismatique puisse apprendre:
Je n’ai pas à avoir une parole pour tout le monde.
Je n’ai pas à interpréter chaque événement.
Je n’ai pas à connaître la cause de chaque souffrance.
Je n’ai pas à expliquer pourquoi quelqu’un ne guérit pas.
Je n’ai pas à savoir toujours ce que Dieu est en train de faire.
Accepter le mystère est aussi un acte de foi.
11. LA QUESTION-BOUSSOLE DU CHARISMATIQUE
Lorsqu’une relation devient confuse dans la communauté ou dans la mission, arrête-toi. Demande-toi :
« Est-ce que je cherche à être sauvé, à manipuler l’autre, à le contrôler ou à le sauver ? »
Puis ajoute une deuxième question :
« Quelle serait, devant Dieu, ma réponse la plus libre et la plus responsable ? »
Et une troisième :
« Cette relation nous rend-elle tous les deux plus libres ou crée-t-elle de la dépendance ? »
Ces trois questions peuvent transformer profondément notre manière d’accompagner.
12. LE FRUIT D’UN CHARISME, C’EST AUSSI LA LIBERTÉ QU’IL FAIT GRANDIR
Jésus dit :
« C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. » (Mathieu 7,20)
Nous pouvons appliquer ce critère à notre service.
Les personnes que j’accompagne deviennent-elles :
plus libres ou plus dépendantes ?
Plus capables de discerner ou plus dépendantes de ma confirmation ?
Plus attachées à Jésus ou plus attachées à moi ?
Plus responsables ou plus passives ?
Plus capables d’avancer ou incapables de choisir sans me demander continuellement ce qu’elles doivent faire ?
Le véritable accompagnement missionnaire devrait progressivement rendre l’accompagnateur moins indispensable et la relation de la personne avec Dieu plus profonde.
Car le charisme ne nous est pas donné pour construire notre propre centralité :
« À chacun est donnée la manifestation de l’Esprit en vue du bien. »(1 Corinthiens 12,7)
13. CHOISIS LA LIBERTÉ : TU ES UN INSTRUMENT, PAS LA SOURCE
Nous arrivons au cœur.
Je ne suis pas prisonnier de la victimisation : je peux choisir mon prochain pas.
Je n’ai pas besoin de manipuler : je peux demander et laisser l’autre libre.
Je n’ai pas à être tout-puissant : je peux aider sans me substituer.
Et surtout :
Je ne suis pas la source. Je suis un instrument.
Je ne suis pas le Sauveur.
Je suis un témoin.
Je ne suis pas propriétaire du charisme.
Je suis dépositaire d’un don.
Je n’ai pas à convertir tout le monde.
Je suis appelé à annoncer.
Je n’ai pas à guérir tout le monde.
Je suis appelé à prier avec foi.
Je n’ai pas à retenir tout le monde.
Je suis appelé à aimer dans la vérité.
Je n’ai pas à contrôler les fruits.
Je suis appelé à la fidélité.
Et voici le grand paradoxe de la vie charismatique :
Plus nous renonçons à la toute-puissance, plus nous laissons de place à la puissance de l’Esprit Saint.
CONCLUSION — ARRÊTE-TOI DEVANT L’ESPRIT SAINT
Avant de penser à quelqu’un d’autre en lisant cet article, essaie de penser à toi-même.
Ne te demande pas :
« Qui est-ce que je connais qui se comporte ainsi ? »
Demande-toi :
« Seigneur, où est-ce que je me situe, moi, dans ces dynamiques ? »
Prends quelques minutes de silence.
Questions d’introspection

1. Que se passe-t-il en moi lorsque je ne suis pas reconnu ou valorisé ?
2. Quelle blessure ai-je tendance à raconter continuellement sans parvenir à la laisser derrière moi ?
3. Ai-je besoin que quelqu’un ait besoin de moi ?
4. Puis-je accepter qu’une personne que j’accompagne choisisse autrement que ce que je lui conseille ?
5. Ai-je déjà utilisé « Dieu m’a dit » pour donner davantage de poids à mon opinion ?
6. Puis-je recevoir une correction sur la manière dont j’exerce mon charisme ?
7. Lorsque quelqu’un me dit « non », est-ce que je respecte réellement sa liberté ?
8. Quelle responsabilité suis-je en train de porter aujourd’hui alors qu’elle appartient en réalité à quelqu’un d’autre ?
9. Quelle situation suis-je en train d’essayer de contrôler parce que j’ai peur de la confier réellement à Dieu ?
10. Les personnes que je sers deviennent-elles plus libres ou plus dépendantes de moi ?
Trois exercices pratiques
EXERCICE 1 — LES TROIS COLONNES
Prends une feuille et pense à une relation qui te pèse actuellement.
Divise-la en trois colonnes :
DÉPEND DE MOI | DÉPEND DE L’AUTRE | NE DÉPEND PAS DE MOI
Place chaque élément de la situation dans la bonne colonne.
Puis choisis une seule action concrète dans la première colonne.
C’est là que se trouve aujourd’hui ta responsabilité.
EXERCICE 2 — TRANSFORME LA MANIPULATION EN DEMANDE
Repère une phrase que tu utilises lorsque tu es blessé :
« Après tout ce que j’ai fait… »
« Si tu m’aimais vraiment… »
« Tu devrais comprendre… »
Transforme-la en une demande directe :
« C’est important pour moi. Puis-je te demander… ? Tu es libre de me dire oui ou non. »
Puis observe ce qui se passe en toi lorsque tu laisses réellement l’autre libre de répondre.
EXERCICE 3 — RENDS À DIEU CE QUE TU NE PEUX PAS CONTRÔLER
Écris le nom d’une personne ou d’une situation que tu essaies de sauver, de changer ou de contrôler.
Puis prie lentement :
« Seigneur, je fais ma part et je Te rends ce qui ne m’appartient pas. J’assume ce qui dépend de moi. Je respecte ce qui appartient à l’autre. Je Te confie ce que je ne peux pas contrôler. »
Et lorsque revient la tentation de tout reprendre sur tes épaules, répète :
« Je fais ma part. Dieu reste Dieu. »
Ce n’est pas renoncer à la mission.
C’est grandir dans la maturité missionnaire.
C’est la liberté de pouvoir servir sans posséder, prophétiser sans imposer, accompagner sans contrôler, aimer sans se rendre indispensable.
« Là où l’Esprit du Seigneur est présent, là est la liberté. »(Deuxième Corinthiens 3,17)
Car les dons de l’Esprit atteignent leur véritable fécondité lorsqu’ils ne servent plus à compenser nos blessures, à contrôler les autres ou à prouver qui nous sommes.
Le charisme est un don. La liberté est la terre dans laquelle il peut porter du fruit.




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