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Résous la douleur avant de proposer un rêve

  • il y a 23 heures
  • 12 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 13 minutes

Quand le besoin d’être reconnu

précède le désir de changer

Il y a des choses que l’on comprend en lisant des livres sur le leadership et l’évangélisation. Et il y en a d’autres que l’on apprend seulement lorsqu’on essaie concrètement de proposer un parcours de transformation missionnaire pour le Seigneur.

Je partage donc avec vous une leçon qu’il m’a été difficile d’accepter : toutes les personnes qui entrent dans une fraternité ne viennent pas nécessairement parce qu’elles désirent être transformées.

Certaines viennent parce qu’elles ont besoin d’être reconnues. D’autres parce qu’elles désirent enfin être vues. D’autres encore parce qu’elles cherchent un lieu où elles pourront se sentir importantes, nécessaires, écoutées, valorisées. Je ne dis pas cela pour les juger !

Avec le temps, j’ai compris que, très souvent, derrière le besoin d’être reconnu se cache une blessure qui, elle, n’a jamais été reconnue.

Et si cette blessure ne fait pas l’objet d’un véritable travail sur soi, dans la puissance de l’Esprit Saint, la personne ne s’engage pas ou finit par fuir avant même de commencer.

C’est précisément cette expérience qui m’a fait comprendre un principe que je considère comme de plus en plus important à Emmaus COM, surtout durant le temps de l’aspirantat, puis lorsque l’on devient ami, avant l’engagement important et exigeant de devenir disciple :

« Résous la douleur avant de proposer un rêve ! »


1. Quand mon rêve n’est pas leur rêve

Lorsqu’un responsable lance un groupe de prière, il porte en lui une vision.

  • Il veut évangéliser.

  • Il veut former des disciples.

  • Il veut voir des personnes transformées par l’Esprit Saint.

Il rêve d’une communauté fraternelle, de personnes qui grandissent dans la prière, dans la Parole, dans les charismes, dans le service et dans la mission.

Moi aussi, je suis parti avec ce désir. Je voyais ce que ces personnes auraient pu devenir.

Mais, avec le temps, j’ai dû comprendre quelque chose de très simple : je voyais leur avenir, tandis que certaines d’entre elles cherchaient encore quelqu’un qui voie leur présent.

Moi, je parlais de mission. Elles, elles cherchaient à être reconnues.

Moi, je parlais de service. Elles avaient besoin de se sentir valorisées.

Moi, je parlais de transformation. Elles, peut-être, demandaient encore silencieusement : « Quelqu’un finira-t-il enfin par me remarquer ? »

Si un leader ne comprend pas cette différence, tôt ou tard, il risque de se décourager.


2. « Pourquoi ne veulent-ils pas grandir ? »

C’est une question que beaucoup de responsables se posent et que moi aussi je me suis posée. On pourrait l’exprimer ainsi :

  • Pourquoi une personne qui a tant reçu ne désire-t-elle pas aller plus loin ?

  • Pourquoi quelqu’un veut-il appartenir au groupe, mais résiste-t-il lorsqu’on lui propose un chemin de transformation ?

  • Pourquoi désire-t-il être impliqué, mais refuse-t-il d’être corrigé ?

  • Pourquoi veut-il un rôle, mais peine-t-il à accepter un parcours ?

  • Pourquoi recherche-t-il la proximité du responsable, mais pas nécessairement une plus grande proximité avec le Christ ?

  • Pourquoi souffre-t-il lorsqu’un autre est choisi ?

  • Pourquoi interprète-t-il une décision organisationnelle comme un rejet personnel ?

La réponse n’est pas toujours la mauvaise volonté.

Parfois, nous demandons une transformation à une personne qui lutte encore pour se sentir reconnue.

Et c’est là que le leader doit cesser d’être seulement un organisateur pour devenir un pasteur.


3. Apprendre à regarder au-delà des comportements

Une personne peut sembler rechercher le devant de la scène. Mais qu’y a-t-il derrière cela ?

Elle peut devenir jalouse lorsqu’une autre reçoit une responsabilité. Mais qu’y a-t-il derrière cela ?

Elle peut avoir constamment besoin de l’approbation du responsable. Mais qu’y a-t-il derrière cela ?

Elle peut mal vivre une correction. Elle peut se sentir oubliée dès qu’elle n’est pas consultée. Elle peut souffrir lorsqu’elle n’est pas nommée, choisie, remerciée ou valorisée.

Au début, il est facile de s’arrêter au comportement.

Puis j’ai appris à me poser une autre question :

« Quelle douleur cherche à s’exprimer à travers ce comportement ? » Cette question a changé ma manière d’accompagner les personnes.

Car le besoin exacerbé de reconnaissance peut dissimuler des années durant lesquelles quelqu’un ne s’est pas senti regardé.

La recherche continuelle d’approbation peut cacher une profonde insécurité.

Le besoin d’occuper une place peut provenir de la peur de ne pas avoir de valeur.

Même certaines luttes de pouvoir au sein de nos communautés chrétiennes peuvent cacher une question beaucoup plus élémentaire…


4. « Est-ce que je compte pour quelqu’un ? »

Cette question, souvent, n’est pas prononcée, mais il faut savoir discerner tous les signes paraverbaux et non verbaux qui l’expriment avec force.

La personne ne te dit pas : « J’ai peur de ne compter pour personne. » J’ai même rencontré des personnes qui disent avoir travaillé sur cette question, avoir suivi un parcours de guérison, mais qui recherchent ensuite des confirmations continuelles : elles veulent savoir si tu as pensé à elles, si tu les as choisies, si tu as remarqué ce qu’elles ont fait, si leur place est toujours assurée. Et surtout, elles ne veulent aucune correction fraternelle qui permettrait d’améliorer la mission.

Lorsque la confirmation attendue n’arrive pas, la crise peut surgir. Une responsabilité confiée à quelqu’un d’autre est vécue comme une exclusion. Une correction devient : « Tu ne m’estimes plus. » Un changement dans l’organisation devient : « Vous n’avez plus besoin de moi. » Le silence ou l’absence du responsable devient : « Je ne compte plus pour personne. »

Même la réussite d’un frère ou d’une sœur peut être perçue comme une menace : « S’il grandit, quelle place me restera-t-il ? »

Dans mon expérience, j’ai compris que ces réactions ne naissent pas toujours d’un orgueil conscient ou d’un désir de se mettre en avant. Elles révèlent parfois une question beaucoup plus ancienne : « Si personne ne me voit, est-ce que j’existe encore pour quelqu’un ? »

Ici, le discernement devient fondamental. Attention à deux erreurs opposées.

La première consiste à juger immédiatement la personne : « Elle est égocentrique, elle veut être au centre. »

La seconde consiste à satisfaire continuellement son besoin de reconnaissance, en lui donnant toujours plus de place, de responsabilités et de réassurance pour lui éviter de souffrir.

Aucune de ces deux voies ne guérit véritablement.

La première blesse davantage. La seconde crée une dépendance et blesse de manière indirecte.

Le chemin évangélique est différent : reconnaître la blessure sans la consacrer comme une identité, mais en s’exposant à la vérité dans le Christ Jésus !

Je peux dire, avec mes paroles et surtout par ma manière d’accompagner : « Oui, tu comptes. Mais pas parce que tu as un rôle ou une série de tâches. Pas parce que tu es indispensable. Pas parce que tu es proche du responsable. Pas parce que tous reconnaissent ce que tu fais. Tu comptes parce que tu es fils, parce que tu es fille, parce que le Père te connaît par ton nom. » Jésus lui-même dit :

« Quant à vous, même les cheveux de votre tête sont tous comptés. Soyez donc sans crainte : vous valez bien plus qu’une multitude de moineaux. » (Mt 10,30-31)

Voilà la transformation profonde que je désire pour les personnes que le Seigneur me confie : non pas qu’elles aient toujours quelqu’un qui les regarde, mais qu’elles découvrent le regard de Dieu le Père, auprès duquel elles n’ont plus à mendier leur propre identité.

Lorsque cette vérité commence à descendre dans le cœur, quelque chose change :

  • Je n’ai plus besoin d’être indispensable pour savoir que j’ai de la valeur.

  • Je n’ai pas besoin d’être choisi chaque fois.

  • Je peux me réjouir lorsqu’un autre est choisi.

  • Je peux servir même lorsque personne ne me remercie.

  • Je peux quitter une responsabilité sans penser avoir perdu ma place dans le cœur de Dieu.

  • Je peux même diminuer pour que le Christ grandisse.

C’est là que le besoin de reconnaissance commence à se transformer en liberté, cette liberté fondamentale qui permet de s’engager et d’embrasser le rêve missionnaire.


5. Jésus voyait au-delà du comportement

Dans l’Évangile, Jésus possède cette capacité extraordinaire : il voit au-delà de ce que font les personnes et rejoint ce qu’elles sont en train de vivre.

Zachée est un publicain. La foule voit le pécheur. Jésus voit l’homme. Et il lui dit :

« Zachée, descends vite : aujourd’hui il faut que j’aille demeurer dans ta maison. » (Lc 19,5)

Avant même sa conversion, Zachée fait l’expérience de quelque chose de bouleversant : Jésus connaît son nom. Il est vu. Il est reconnu. Il est appelé. Et c’est précisément cette rencontre qui produit ce qu’aucune pression morale n’avait obtenu :

« Voici, Seigneur : je fais don aux pauvres de la moitié de mes biens. » (Lc 19,8)

La rencontre vient d’abord. Puis arrive la transformation. Jésus n’approuve pas tout ce que Zachée a fait, mais il ne commence pas par le condamner. Tout commence par une relation qui demeure libre et sans sabotage. Voilà pourquoi Jésus est allé manger chez Zachée, là où personne ne serait entré par peur de devenir impur.

Jésus parvient à construire une relation sans bavardages, sans sabotage ni diffamation !

Lorsqu’une relation demeure libre, elle porte des fruits de liberté et prépare à la responsabilité !


6. Reconnaître la blessure ne signifie pas alimenter le désir d’être au centre

Lorsque tu comprends qu’une personne a besoin de reconnaissance, tu peux tomber dans un piège : lui donner continuellement de la reconnaissance pour lui éviter de souffrir.

Mais cela ne la guérit pas nécessairement. Cela peut même la rendre dépendante.

Si une personne a continuellement besoin d’être choisie, louée, consultée, rassurée ou placée au centre pour se sentir aimée, lui donner toujours ce qu’elle réclame peut apaiser temporairement la douleur sans en guérir la racine.

La mission du responsable n’est pas de devenir la source de l’identité de l’autre. Cette source, c’est Dieu le Père.

C’est pourquoi accompagner signifie aider progressivement la personne à passer :

  • du besoin d’être vue par les autres à la découverte qu’elle est vue par Dieu ;

  • du besoin d’être indispensable à la liberté de servir ;

  • du désir d’occuper une place à la joie d’appartenir ;

  • de la recherche de l’approbation à la découverte de son identité de fils ou de fille de Dieu.

Voilà la transformation et l’équipement de base nécessaires à un disciple missionnaire.


7. La fraternité ne peut pas devenir une scène

Un groupe chrétien peut devenir, sans même s’en rendre compte, un lieu où chacun cherche son propre espace de visibilité :

  • Celui qui veut être considéré comme le plus spirituel.

  • Celui qui veut toujours avoir une parole prophétique.

  • Celui qui désire rester proche du responsable.

  • Celui qui recherche une responsabilité.

  • Celui qui veut être reconnu pour ce qu’il a fait.

  • Celui qui souffre si quelqu’un d’autre reçoit davantage de place.

  • Celui qui sert avec enthousiasme tant qu’il est vu, mais se retire lorsque personne ne semble remarquer son service.

Ce sont des dynamiques humaines ! Et, précisément parce qu’elles sont humaines, elles peuvent aussi s’introduire dans nos groupes de prière. Mais une communauté chrétienne ne peut pas être édifiée sur la distribution de la visibilité. La communauté doit devenir le lieu où nous apprenons progressivement à ne plus avoir besoin d’une scène pour savoir qui nous sommes.

Saint Jean-Baptiste nous livre l’une des paroles les plus libératrices pour tout ministère :

« À lui de grandir ; à moi de diminuer. » (Jn 3,30)

Cette parole n’efface pas la personne. Elle la libère. Car lorsque je sais qui je suis devant Dieu, je n’ai plus besoin de lutter continuellement pour que les autres s’en rendent compte.


8. Mon découragement est devenu une leçon

Il y a eu des moments où je me suis demandé :

  • Pourquoi est-il si difficile de construire ?

  • Pourquoi, après avoir tant investi dans les personnes, voit-on surgir incompréhensions, susceptibilités, attentes et déceptions ?

  • Pourquoi une personne à laquelle tu as donné une place semble-t-elle souffrir lorsque cette place change ?

  • Pourquoi certaines personnes semblent-elles enthousiastes tant qu’elles se sentent reconnues, puis deviennent-elles critiques lorsqu’elles ne le sont plus ?

  • Pourquoi une correction fraternelle peut-elle être vécue comme un manque d’amour ?

Dans ces moments-là, il est facile de se décourager. Ou de conclure : « Cela ne vaut plus la peine d’investir dans les personnes. » Mais ces réactions ne sont pas la réponse de l’Évangile.

C’est pourquoi il me semble avoir été inspiré à apprendre une troisième voie : discerner la douleur sans devenir prisonnier de la douleur de l’autre :

  • Je peux comprendre ta blessure sans permettre à ta blessure de gouverner la fraternité.

  • Je peux reconnaître ton besoin sans le transformer automatiquement en mission.

  • Je peux t’aimer sans nécessairement te confier la responsabilité que tu désires.

  • Je peux écouter ta souffrance tout en te demandant de mûrir.

  • Je peux t’accueillir sans confirmer toutes tes attentes.

Pour moi, cela est devenu une forme très concrète de charité dans la vérité.


9. Tous ceux qui arrivent ne sont pas encore des disciples missionnaires

Lorsque quelqu’un entre dans un groupe de prière, nous ne devons pas exiger qu’il possède déjà les motivations d’un disciple humainement et spirituellement mûr, quelle que soit sa conscience de lui-même et l’impression qu’il a de son propre cheminement.

Il peut arriver parce qu’il va mal. Parce qu’il est seul. Parce qu’il a besoin d’amitié. Parce qu’il cherche la guérison. Parce qu’il désire appartenir à un groupe. Parce qu’il traverse une crise. Ou même parce qu’il veut être reconnu. Ce n’est pas un problème.

Cela peut être la porte d’entrée. Mais cela ne peut pas devenir le point d’arrivée. Le père Émilien Tardif disait :

« Ce qui importe, ce n’est pas la raison pour laquelle les personnes viennent dans nos groupes, mais la manière dont elles rentrent chez elles après leur expérience ! »

Jésus accueille les personnes là où elles en sont, mais il ne les laisse pas nécessairement là où elles sont.

Une évangélisation authentique dit : « Tu peux entrer avec ton besoin. Mais permets au Christ de transformer progressivement ce besoin lui-même. »


10. Ne proposez pas immédiatement votre rêve

Nous, les leaders, avons souvent une vision. Et c’est une grâce.

Nous voyons une fraternité. Nous voyons la mission. Nous voyons des évangélisateurs. Nous voyons des ministères. Nous voyons des personnes capables de porter l’Évangile au loin.

Mais nous pouvons commettre l’erreur de tomber tellement amoureux de notre vision que nous ne voyons plus les personnes réelles que Dieu nous a confiées :

  • Nous voulons des missionnaires. Dieu nous envoie des personnes blessées.

  • Nous voulons des évangélisateurs. Des personnes en quête de consolation arrivent.

  • Nous voulons des serviteurs. Des personnes qui désirent être reconnues arrivent.

  • Nous voulons des personnes prêtes à donner. Des personnes qui ont encore besoin de recevoir arrivent.

Et peut-être nous irritons-nous parce que Dieu ne nous a pas envoyé les personnes que nous avions imaginées.

Mais c’est peut-être précisément là que commence notre mission. Notre tâche n’est pas de trouver des personnes déjà prêtes à réaliser notre rêve.

Notre tâche est d’aimer, d’accompagner, de former, de discerner et de permettre à l’Esprit Saint de transformer des personnes réelles en disciples !


11. D’abord la douleur, ensuite le rêve

Voilà pourquoi, aujourd’hui, je me répète à moi-même et je répète aux autres responsables : Résous la douleur avant de proposer un rêve ! Mère Teresa de Calcutta disait à ses sœurs :

« Tu ne peux pas donner l’Évangile à celui qui a faim ; alors, mets-le au milieu d’un sandwich. »

Bien entendu, nous ne pouvons pas « résoudre » toutes les douleurs. Nous ne sommes pas des thérapeutes. Nous ne sommes pas des sauveurs. Le Sauveur, c’est Jésus.

À Emmaus COM, les disciples savent bien qu’ils doivent prendre garde au triangle dramatique de Karpman.

  1. La Victime : celle qui se sent persécutée.

  2. Le Sauveur : celui qui vient à son secours et semble prendre ses intérêts à cœur.

  3. Le Persécuteur (ou bourreau) : celui qui prend pour cible la future victime.

Il est parfois difficile d’échapper à ces rôles dans une relation d’accompagnement.

Le triangle dramatique de Karpman offre ainsi à chacun une sorte de solution destinée à satisfaire ses besoins ou ses attentes.

Avec un sain discernement, et en évitant de jouer automatiquement un rôle selon ce triangle, nous devenons plus lucides.

Nous pouvons apprendre à ne pas proposer immédiatement aux personnes ce que nous voulons qu’elles deviennent, sans avoir d’abord cherché à comprendre ce qu’elles vivent.

Avant de demander : « Comment puis-je l’impliquer ? », je devrais peut-être me demander : « Où souffre-t-il ? »

Avant de demander : « Quel service pourrait-il rendre ? », je pourrais me demander : « D’où vient son besoin d’être reconnu ? »

Avant de dire : « J’ai besoin de toi pour cette mission », je devrais peut-être l’aider à découvrir : « Dieu t’aime même lorsque tu n’es nécessaire à personne. »

Car le service ne peut pas naître du besoin de démontrer sa propre valeur.

Il doit naître de l’expérience d’être déjà aimé.


12. Du « REGARDEZ-MOI » au « QUI PUIS-JE AIMER ? »

Au début, une personne arrive en disant, même sans paroles : « Regardez-moi. » Puis elle rencontre le Christ. Elle découvre un regard qu’elle n’a pas besoin de conquérir. Elle découvre qu’elle est connue et aimée. Et, lentement, la question change.

Ce n’est plus : « Qui me voit ? », mais : « Qui puis-je voir, moi ? »

Ce n’est plus : « Qui reconnaît ce que je fais ? », mais : « Qui puis-je servir ? »

Ce n’est plus : « Quelle place aurai-je ? », mais : « Seigneur, où veux-tu m’envoyer ? »

C’est là que naît le disciple.

C’est là que naît le missionnaire.


Conclusion

La mission commence par un regard transformé

Sur la route d’Emmaüs, Jésus ressuscité rencontre deux hommes déçus qui marchent dans la mauvaise direction. Avant de les corriger, il s’approche et marche avec eux. Il les écoute. Il laisse émerger leur :

« Nous, nous espérions… » (Lc 24,21)

Ce n’est qu’ensuite qu’il leur ouvre les Écritures, les conduit plus loin et transforme leur regard triste et incrédule en un regard ardent et enthousiaste.

Cela me rappelle que nous ne sommes pas seulement appelés à faire grandir des projets, mais à accompagner des personnes réelles.

La question décisive devient alors : « Suis-je en train d’aider cette personne à découvrir qu’elle est vue et aimée de Dieu ? »

Emmaüs nous enseigne que le Ressuscité ne force pas les cœurs : il marche avec eux et les fait brûler de nouveau.

Et lorsque ces disciples reconnaissent Jésus, ils repartent et préparent la Pentecôte.

Ils ne sont plus seulement des personnes qui ont besoin d’être vues, mais deviennent capables d’être des témoins.

Tout se résume ici : nous ne sommes pas appelés à vendre des rêves, mais à préparer des cœurs qui puissent enfin rêver avec Dieu.

Nous ne pouvons pas changer les personnes.

Mais nous pouvons les aimer, les accompagner et rester à leurs côtés pendant que Dieu les transforme.

Ainsi, une personne qui demandait seulement à être vue peut, un jour, lever les yeux et commencer à voir les autres.

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