Le quatrième jour : quand Dieu entre dans l'impossible
- 10 mars
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Il me semble que le temps que nous vivons ressemble beaucoup au chapitre 11 de l’Évangile de Jean, lorsque Jésus ressuscite Lazare. C’est le moment où tout semble perdu, lorsque la situation paraît arrivée au point de non-retour. Mais précisément là, Dieu prépare sa gloire. Dans l’Évangile de Jean, nous lisons une scène surprenante.
Une nouvelle urgente parvient à Jésus : son ami Lazare est gravement malade. Ses sœurs, Marthe et Marie, lui font dire :
«Seigneur, celui que tu aimes est malade» (Jn 11,3).
On s’attendrait à ce que Jésus parte immédiatement pour le guérir. Mais il se passe quelque chose de déconcertant. L’Évangile dit :
«Lorsqu’il apprit que Lazare était malade, il demeura encore deux jours à l’endroit où il se trouvait» (Jn 11,6).
Jésus ne court pas. Il ne se presse pas. Il n’intervient pas tout de suite.Quand il arrive enfin à Béthanie, Marthe lui dit, le cœur brisé:
«Seigneur, si tu avais été ici, mon frère ne serait pas mort» (Jn 11,21).
Et l’Évangile ajoute un détail décisif ::
«Jésus trouva Lazare déjà depuis quatre jours au tombeau» (Jn 11,17).
Pourquoi quatre jours ?
Le quatrième jour : le point de non-retour
Dans le monde juif ancien existait une conviction assez répandue : on pensait que dans les premiers jours après la mort, il pouvait encore subsister une certaine espérance. Certains écrits rabbiniques évoquent l’idée que l’âme reste proche du corps pendant un certain temps. Mais au quatrième jour, la mort était considérée comme absolument définitive. Le corps commençait à se décomposer et il n’y avait plus aucun espoir. Lorsque Jésus ordonne d’enlever la pierre, Marthe proteste :
«Seigneur, il sent déjà ; c’est le quatrième jour qu’il est là» (Jn 11,39).
C’est le langage du désespoir.
C’est le moment où tout semble vraiment terminé.
Mais ... Jésus n’est pas arrivé en retard
Du point de vue humain, il semble que Jésus soit arrivé trop tard. Mais l’Évangile révèle que ce n’est pas un retard : c’est un choix surnaturel. Au début du récit, Jésus avait déclaré :
«Cette maladie n’aboutira pas à la mort, mais elle est pour la gloire de Dieu» (Jn 11,4).
Jésus laisse la situation atteindre le point où il n’existe plus aucune explication humaine. S’il avait guéri Lazare lorsqu’il était malade, beaucoup auraient dit :« C’est un bon guérisseur ». S’il l’avait ressuscité immédiatement après la mort, certains auraient pu douter. Mais quatre jours dans la tombe ne laissent place à aucune ambiguïté. Alors Jésus crie avec autorité et d’une voix puissante :
«Lazare, viens dehors !» (Jn 11,43).
Et le mort sort du tombeau.
Pas à moitié mort. Pas dans le coma.
Mort depuis quatre jours.
Le signe qui révèle qui est Jésus
Avant d’accomplir le miracle, Jésus dit à Marthe l’une des plus grandes paroles de l’Évangile:
«Moi, je suis la résurrection et la vie. Celui qui croit en moi, même s’il meurt, vivra» (Jn 11,25).
Le miracle de Lazare n’est pas seulement un geste de compassion.
C’est une révélation : Jésus est le Seigneur de la vie et de la mort.
Ce signe est tellement puissant que, immédiatement après, les chefs religieux décident de le faire mourir (Jn 11,53). La résurrection de Lazare devient ainsi le début du chemin vers la croix.
Quand Dieu semble arriver en retard
Cette page de l’Évangile parle aussi à notre vie. Combien de fois avons-nous l’impression que Dieu arrive en retard ? Nous prions pour notre famille. Nous prions pour la santé. Nous prions pour une situation qui semble sans issue.
Et pourtant la situation s’aggrave. L’espérance diminue. La pierre semble déjà fermée. Parfois nous avons l’impression d’être arrivés au « quatrième jour ».
Mais précisément là, Jésus dit :
«Ne t’ai-je pas dit que si tu crois, tu verras la gloire de Dieu ?» (Jn 11,40).
Dieu n’agit pas toujours quand nous le demandons.
Mais il agit lorsque sa gloire surnaturelle peut se manifester pleinement.
Le jour de l’impossible
Le quatrième jour est le jour où l’homme ne peut plus rien faire. Et c’est précisément là que Dieu intervient. Quand toutes les solutions humaines sont épuisées. Quand l’espérance semble morte. Quand la situation « sent déjà mauvais ».
Alors la voix du Christ retentit :
«Enlevez la pierre.»
Le quatrième jour n’est pas la fin de l’histoire. C’est le moment où Dieu montre que la mort n’a pas le dernier mot. Car avec le Christ, même la tombe peut devenir le lieu surnaturel de la résurrection.





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